Les Flèches 3000

Compagnie d'art en espace public

MANIFESTE // PAULINE CESCAU

Crédits : Augustin Le Gall

Juste avant de s’éteindre, vacillante mais fière, alors qu’une ènième personne lui proposait de s’asseoir, ma mère m’a dit :

« Pas question. Les gens ne se rendent pas compte à quel point il est merveilleux d’être debout».

Joie d’être vivant.e, de résister, de se lever pour de bon, de vaciller parfois mais de sentir les autres autour, qui ne te lâchent, ne se lâchent pas. Craquer quand on est seul.e. L’avouer. Se relever. A quoi ça tient, la lutte ? A quoi ça tient, de rester debout ?

Depuis 2016 et ma rencontre du travail du clown avec Marie-Laure Baudain (alias Pauline Couic) puis Eric Blouet, ces questions qui m’obsèdent ont trouvé un écho particulier. En décalage avec un monde de la performance qui me fait souvent violence, le clown ouvre pour moi des espaces de liberté sauvage. Le clown joue de ses doutes et de ses fragilités, bien souvent cela le dépasse et c’est alors que surgit le rire et la tendresse que le public lui porte.

Force des affaibli.es, beauté des fêlé.es qui n’ont (plus ?) rien à perdre, perdant.es magnifiques qui se payent un dernier tour de piste, juste pour rire, et ne pas mourir.

Parce que le rire, c’est comme la joie : pour moi, c’est politique.

Mon travail s’inscrit dans une démarche de théâtre documenté : lorsque le réel me claque au visage, j’y plonge pour recueillir de la matière « sur le terrain », d’abord avec la rigueur des sciences sociales et l’étude de terrain, dont je suis issue.

Et lorsque cette matière résonne en moi, vient alors s’y connecter la recherche au plateau, avec les outils et la poésie du clown, sale gosse qui vibre en moi et en chacune des fictions que j’écris ; mises en scène de figures solitaires souvent invisibilisées mais bien réelles. Chez moi pas de nez rouge, mais des héro.ïnes qui ont la fantaisie et l’insolence de vivre dans une réalité qui ne voudrait souvent leur concéder qu’à peine le droit de survivre.

Un travail qui cherche à explorer les forces de résistance en moi, en eux/elles, en nous : avec la mélancolie et l’énergie du désespoir parfois, avec la rage, avec la joie surtout. Un état de présence au monde, une arme de vie qui déborde, une vibration qui chante : on est là, on est vivant.es, on n’est pas tou.te.s seul.es, on rayonne. Pauline Cescau, novembre 2021

Crédits photo : Courage Fuillet

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